Dans cet épisode du podcast Les tribulations d’une fromagère, j’ai eu la chance d’accueillir Thibault Duval, aujourd’hui responsable d’exploitation à la fromagerie du Noyer, située au bord du lac Léman, en Haute-Savoie. Originaire d’un autre univers professionnel, rien ne le prédestinait au fromage. Son parcours atypique, son regard passionné et ses réflexions sur la filière donnent le ton d’un échange riche, sincère et motivant. De paysagiste à spécialiste du comté, du reblochon et des pâtes persillées, Thibault Duval nous montre que le monde du fromage n’a pas fini de nous surprendre – ni d’attirer de nouveaux talents.
Dans cet article, je vous propose une plongée dans cette conversation, ponctuée de citations, d’anecdotes et de bonnes pratiques pour tous les amoureux du fromage ou ceux qui rêvent d’une reconversion professionnelle dans ce secteur vivant.
De paysagiste à fromager : une reconversion inattendue
Un parcours atypique vers le fromage
Quand je demande à Thibault Duval de se présenter, il commence par raconter ce qui fait la particularité de son histoire : « Je n’étais pas vraiment prédestiné à travailler dans le fromage… j’étais plutôt orienté sur une carrière de paysagiste. »
Après un cursus complet en aménagement du paysage – CAP, BEP, Bac pro, BTS – il décide d’ajouter une corde à son arc avec une licence en marketing et communication. Ce détour, loin d’être vain, lui permettra plus tard d’utiliser ses compétences dans le secteur du fromage : « Même si le marketing et la com, c’est plus général, il y avait forcément des points communs (…) qui pouvaient se lier avec le paysage ou avec le fait de monter une entreprise. »
La découverte du fromage… en salle de restaurant
Comme beaucoup, son entrée dans le monde du fromage s’est faite un peu par hasard, lors d’un job dans un restaurant : « Je me suis retrouvé à travailler dans un restaurant qui prenait son fromage à la fromagerie du Noyer. » Thibault Duval était alors chef de rang, et devait chaque jour proposer à ses clients les spécialités locales typiques de la région : abondance, reblochon, comté, chèvre mi-sec…
Pourtant, au moment de commencer, il ne mangeait même pas de fromage ! Cette anecdote, qu’il partage avec humour, montre bien la force de l’apprentissage et de la curiosité : « À part la Vache qui rit, le fromage ce n’était pas du tout quelque chose qui m’attirait gustativement parlant… ».
Apprendre à aimer le fromage
Les débuts en fromagerie : de novice à passionné
Suite à la fermeture du restaurant, Thibault Duval accepte un job d’appoint pour Noël à la fromagerie du Noyer. Ce qui devait être temporaire deviendra l’aventure de sa vie : « Je me suis laissé tenter… le Noël au sein de cette fromagerie il y a maintenant 11 ans. Et puis au mois de janvier, elle me dit : est-ce que tu veux un poste ? L’expérience a été sympa, ouais pourquoi pas. »
Au début, la formation se fait « sur le tas » : « On apprend beaucoup par la pratique, au contact des clients et des équipes, en se formant soi-même, en lisant et en cherchant sur internet. » Il insiste sur le rôle clé des marchés, lieux d’apprentissage idéal pour développer une expertise, affiner son discours mais aussi se forger un réseau de clients fidèles.
Élargir son palais, ouvrir son esprit
Pour ceux qui s’interrogent sur le fait de travailler dans une fromagerie sans aimer le fromage, Thibault Duval est la preuve vivante qu’on peut changer : « J’ai démarré par du classique : comté, abondance, emmental… À l’époque, le chèvre et la brebis, ce n’était même pas la peine d’y penser ! Mais petit à petit, on goûte, on goûte, et on finit par apprécier le produit. »
Aujourd’hui, il peut savourer tous les types de fromages, du chèvre frais aux pâtes persillées les plus corsées : « Comme quoi, tout est possible ! »
La fromagerie du Noyer, une entreprise en évolution
De la vente aux marchés à la gestion d’entreprise
L’évolution de la fromagerie et du rôle de Thibault Duval illustre le dynamisme du secteur. Au fil des années, la structure s’étoffe, passant d’une petite entreprise familiale à une organisation aux multiples boutiques et marchés. Le rachat par la maison Butet, semi-grossiste local, marque un tournant : « J’avais absolument rien à perdre à rester dans cette entreprise, je m’y plaisais et le produit me plaisait toujours. »
De responsable de marché à responsable d’exploitation, Thibault Duval accompagne l’ouverture de nouveaux magasins, la formation de collaborateurs et la gestion du personnel : « Au début, c’était de la gestion humaine, du planning… puis les responsabilités ont augmenté avec le temps. »
La vente au cœur du métier
Même avec ses nouveaux rôles, Thibault Duval reste fidèle à ses racines. Il aime garder « un pied dans le cœur du métier », continue de faire les marchés un week-end sur deux et de donner des coups de main aux équipes. « Sur le marché, j’aime ça ! Et ça me permet de garder le contact avec les clients et les produits. »
Produits phares et gammes de la fromagerie
Best-sellers dans une région de tradition
La Haute-Savoie est une terre de fromages réputés, et la clientèle reste fidèle aux grands classiques : « Nos best-sellers, ça va être le comté, l’abondance, le gruyère et le reblochon. »
Pourtant, la gamme de la fromagerie est volontairement élargie, afin de répondre aux attentes d’une clientèle diverse, qu’elle soit locale ou touristique. Il n’hésite pas à mettre en avant les partenariats avec des producteurs locaux de chèvre et de brebis.
S’adapter à la clientèle et à la saisonnalité
Une anecdote marquante concerne l’ouverture d’une boutique en station à Morzine. L’idée était d’en faire une crémerie ouverte toute l’année, avec une gamme complète. Mais le public en station reste avant tout attaché aux spécialités savoyardes, et la fromagerie a dû se réinventer pour répondre aux attentes : « On s’est vite rendu compte que ce n’était pas du tout ce qu’ils cherchaient (…) Mais c’est ce qui est intéressant, parce qu’en fonction du lieu, du client, les produits se vendent différemment. »
Vivre au rythme du fromage et des saisons
Raclette, fondue et mozzarella : le choix du bon moment
Un débat récurrent chez les crémiers : doit-on proposer de la raclette toute l’année ? Pour Thibault Duval, la réponse est claire : « Que ce soit du premier janvier au 31 décembre, on vend de la raclette toute l’année et de la fondue toute l’année ! »
Il explique : « La mozza, burata… ce sont des fromages que je suis obligé de proposer parce que j’ai la demande. » Pour autant, la gamme s’adapte : certains fromages sont proposés uniquement l’été, d’autres toute l’année, selon les attentes de la clientèle et les caractéristiques du marché local.
Le conseiller : métier d’accompagnement et d’éducation
Au-delà du produit, le métier de fromager, c’est aussi conseiller et orienter les clients. Pour Thibault Duval, il s’agit autant de faire découvrir de nouvelles saveurs que d’éduquer au respect de la saisonnalité des produits : « Notre rôle, c’est de parler de la saisonnalité des fromages avec nos clients, pour leur apprendre que tout n’est pas disponible toute l’année. »
Fidélisation, bonheur au travail & transmission
Les clés du bonheur dans la fromagerie
Dans une profession souvent touchée par le turnover, Thibault Duval est une exception motivée. Il souligne l’importance de s’intéresser au produit et d’arrêter de voir le travail comme une contrainte : « C’est nous qui décidons que le travail est une contrainte… Rendez-vous compte de la chance que vous avez de vendre un produit vivant, qui change ! »
Il insiste aussi sur le dialogue, la formation, et la reconnaissance des compétences pour fidéliser les salariés : « La communication, c’est la clé. Il faut savoir dire quand ça va, savoir dire quand ça ne va pas… »
La valorisation et la formation des salariés
Saluer l’engagement de la Fédération des fromagers de France sur la formation est primordial. La validation des acquis, en cours de réflexion, offrirait aux salariés sans diplôme initial la possibilité d’être reconnus comme « vrai crémiers fromagers ».
Conclusion : Oser, apprendre, transmettre
L’histoire de Thibault Duval est un appel positif à tous ceux qui souhaitent se lancer dans le secteur du fromage, jeunes ou reconvertis : « Il ne faut pas avoir peur d’oser. Si tu t’accroches dans un cœur de métier qui te plaît, il n’y a pas de raison qu’un jour tu ne sois pas valorisé et que tu t’amuses au boulot. »
Pour prolonger ce témoignage, n’hésitez pas à écouter l’épisode complet du podcast Les tribulations d’une fromagère – Thibault Duval . Un vrai shoot d’optimisme, d’amour du produit et d’inspiration pour tous les passionnés du fromage !
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15 juin 2026
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